Adoption Internationale en Suisse : Procédure, Délais et Convention de La Haye
En janvier 2025, le Conseil fédéral suisse a annoncé son intention de mettre un terme aux adoptions internationales. Un projet de loi est attendu pour fin 2026. Cette décision, inédite dans l'histoire de la politique familiale helvétique, a pris de court des centaines de candidats en cours de procédure. Elle reflète une tendance de fond : la remise en cause de l'adoption internationale dans de nombreux pays d'Europe, face aux risques d'abus et au manque de transparence dans certains pays d'origine.
Pour ceux qui ont déjà entamé les démarches, les procédures se poursuivent normalement. Pour ceux qui réfléchissent à ce projet, l'incertitude est réelle et doit être intégrée dans la réflexion. Ce guide explique comment fonctionne le système actuellement, quels pays sont concernés, et ce que l'annonce de 2025 change concrètement.
Le cadre international : la Convention de La Haye
L'adoption internationale en Suisse est régie par la Convention de La Haye du 29 mai 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d'adoption internationale. La Suisse l'a ratifiée, ce qui impose une procédure stricte pour toute adoption impliquant un enfant en provenance d'un pays signataire.
Les principes fondamentaux de cette convention sont :
- L'enfant adoptable doit effectivement l'être dans son pays d'origine (subsidiarité : l'adoption internationale ne vient qu'en l'absence de solution nationale)
- La procédure doit passer par les autorités centrales des deux pays
- Tout intermédiaire doit être agréé par les autorités compétentes
- L'adoption ne peut pas donner lieu à des profits indus
Quand le pays d'origine n'a pas signé la Convention de La Haye, la procédure est plus complexe, les délais encore plus longs et les risques d'irrégularités plus élevés. Le SASLP vous informera sur la faisabilité selon votre situation spécifique.
La structure à deux niveaux : autorité fédérale et autorité cantonale
En Suisse, l'adoption internationale implique deux niveaux d'autorités qui travaillent en coordination.
L'Autorité centrale fédérale à Berne
L'Office fédéral de la justice (OFJ), à Berne, est l'autorité centrale fédérale en matière d'adoption internationale. Elle est responsable de :
- La liaison avec les autorités centrales des pays d'origine
- L'agrément des organismes d'adoption actifs en Suisse
- La supervision globale du système pour garantir le respect de la Convention de La Haye
L'Autorité centrale cantonale à Genève (ACC Ge)
À Genève, l'Autorité centrale cantonale en matière d'adoption (ACC Ge) est intégrée au SASLP (Service d'autorisation et de surveillance des lieux de placement), situé rue des Granges 7. C'est votre premier interlocuteur pour toute démarche d'adoption, nationale ou internationale.
Le SASLP est responsable de :
- Organiser les séances d'information obligatoires
- Conduire l'évaluation des candidats et délivrer l'agrément
- Transmettre le dossier à l'autorité centrale fédérale pour la phase internationale
- Superviser la période probatoire une fois l'enfant arrivé en Suisse
Les étapes de la procédure
1. L'agrément cantonal
Avant toute démarche internationale, vous devez obtenir un agrément auprès du SASLP. Cette étape est identique pour l'adoption nationale et internationale.
Préalable obligatoire : Assister à deux séances d'information organisées par le SASLP. Vous ne pouvez pas déposer votre requête sans les avoir suivies.
L'évaluation couvre l'histoire personnelle et familiale, les motivations, la capacité à intégrer un enfant de manière définitive, le rapport au deuil de l'enfant biologique (si applicable), et l'ouverture aux origines de l'enfant. Pour l'adoption internationale, cette ouverture est particulièrement importante : l'enfant arrivera avec une culture, une langue et un vécu que vous ne connaissez pas.
L'agrément obtenu précise le profil de l'enfant que vous êtes autorisés à adopter : tranche d'âge, état de santé accepté, pays d'origine. Ce cadre est contraignant — vous ne pouvez pas modifier le profil sans une nouvelle évaluation.
Conditions légales (Code civil suisse) :
- Pour les couples : mariés depuis au moins 5 ans, ou âgés de plus de 35 ans tous les deux. Depuis le 1er juillet 2022, les couples de même sexe mariés bénéficient des mêmes droits.
- Pour les personnes seules : âgées d'au moins 35 ans
- Différence d'âge avec l'enfant : au moins 16 ans et en principe pas plus de 45 ans
- Domicile à Genève avec permis B, C ou carte de légitimation
2. La mise en relation avec le pays d'origine
Une fois l'agrément obtenu, le SASLP transmet votre dossier à l'autorité centrale fédérale à Berne. Celle-ci coordonne avec les autorités du pays d'origine pour identifier un enfant correspondant à votre profil.
En pratique, de nombreuses familles travaillent avec un organisme agréé pour faciliter les échanges avec les pays d'origine. À Genève, Enfants du Monde est l'organisation spécialisée dans l'adoption internationale. Les organismes agréés au niveau fédéral sont listés sur le site de l'Office fédéral de la justice.
Délais réels : La phase de mise en relation est la plus longue et la plus imprévisible. Elle dépend du pays d'origine, du profil de l'enfant et du flux des demandes. Les candidats à l'adoption internationale doivent se préparer à des délais de 2 à 5 ans, voire plus selon les pays.
3. La période probatoire et le consentement du TPAE
L'enfant est placé chez vous pour une période probatoire d'au minimum un an. Pendant cette période, le TPAE (Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant) désigne un curateur qui suit l'évolution du placement et rédige des rapports d'enquête sociale. L'enfant conserve juridiquement sa filiation d'origine pendant toute cette durée.
Au terme de la période probatoire, le TPAE examine les rapports et statue sur son consentement. S'il consent, le dossier passe à l'étape finale.
4. Le prononcé de l'adoption
Depuis septembre 2023, c'est le Service de l'état civil et des légalisations (SECL), et non plus le TPAE, qui prononce officiellement l'adoption à Genève. L'enfant acquiert alors votre nom de famille et les mêmes droits qu'un enfant biologique. Le lien de filiation avec la famille d'origine est rompu.
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L'annonce de janvier 2025 : ce qui change
Le 8 janvier 2025, le Conseil fédéral a annoncé sa volonté de mettre fin aux adoptions internationales, invoquant les risques d'abus documentés dans plusieurs pays d'origine et l'impossibilité de garantir la transparence des procédures. Un projet de loi est attendu pour fin 2026.
Cette annonce a provoqué des réactions contrastées. Une commission du Conseil national s'est prononcée contre une interdiction totale, préconisant plutôt un renforcement des contrôles et une restriction aux pays présentant des garanties suffisantes.
Ce que cela signifie concrètement aujourd'hui :
- Les procédures en cours se poursuivent normalement
- Les candidats qui ont leur agrément peuvent continuer leur démarche
- Les nouveaux candidats qui envisagent l'adoption internationale doivent intégrer cette incertitude dans leur réflexion
L'adoption nationale reste une voie distincte, non concernée par cette annonce.
Les pays partenaires actuels
La liste des pays avec lesquels la Suisse coopère en matière d'adoption internationale évolue régulièrement. Elle est conduite par la situation politique, la ratification de la Convention de La Haye et les accords bilatéraux. L'Office fédéral de la justice publie une liste actualisée sur son site.
Certains pays ont été suspendus ou fermés à l'adoption internationale ces dernières années (notamment l'Ukraine depuis la guerre, et plusieurs pays africains en raison de préoccupations liées aux irrégularités). Le SASLP vous informera sur l'état des coopérations au moment de votre agrément.
Résidents étrangers à Genève : cas spécifiques
Genève compte plus de 40 % de résidents étrangers, dont environ 20 000 fonctionnaires internationaux. Deux situations méritent une attention particulière.
Adoption par un résident étranger d'un enfant de son pays d'origine : C'est une situation fréquente à Genève. La procédure est identique — agrément SASLP, coordination avec l'autorité centrale fédérale — mais elle nécessite en plus de vérifier que votre pays d'origine reconnaîtra l'adoption prononcée en Suisse si vous êtes amenés à y retourner.
Fonctionnaires internationaux : Les titulaires d'une carte de légitimation du DFAE sont éligibles à l'adoption dans les mêmes conditions que les résidents ordinaires. Les années passées à Genève sous ce statut comptent pour le calcul de la durée de séjour. Point de vigilance : si une mutation internationale est prévisible, cette question sera abordée lors de l'évaluation.
Enfants du Monde : l'organisme accrédité genevois
Pour les familles genevoises qui souhaitent être accompagnées dans leur procédure internationale, Enfants du Monde est l'organisme agréé de référence à Genève. Reconnu par l'autorité centrale fédérale à Berne, cet organisme à but non lucratif agit comme intermédiaire entre vous et les autorités des pays d'origine partenaires.
Concrètement, Enfants du Monde :
- vous aide à constituer le dossier dans la langue et le format exigés par le pays cible
- assure la liaison avec les autorités locales et les institutions de protection de l'enfance à l'étranger
- vous informe en temps réel des évolutions des programmes selon les pays
- vous accompagne lors des voyages sur place
Passer par un organisme accrédité n'est pas une obligation légale absolue, mais c'est vivement recommandé. Les familles qui tentent de gérer seules la phase internationale font face à des obstacles administratifs considérables et à un risque accru d'irrégularités dans le dossier.
Délais réels et coûts à anticiper
La réalité des délais
La durée totale d'une adoption internationale depuis Genève — de la première séance d'information au prononcé — varie entre 3 et 7 ans selon le pays d'origine. Voici une décomposition réaliste :
| Phase | Durée indicative |
|---|---|
| Agrément cantonal (SASLP) | 6 à 12 mois |
| Phase internationale (identification de l'enfant) | 1 à 5 ans |
| Période probatoire + prononcé (SECL) | 12 à 18 mois |
Ces chiffres sont des fourchettes. Certains pays ont des listes d'attente supérieures à 5 ans ; d'autres ont suspendu leur programme sans préavis. L'OFJ à Berne publie des informations par pays — consultez-les avec le SASLP avant de cibler un pays spécifique.
Les coûts à prévoir
L'adoption internationale est une procédure financièrement lourde. Les dépenses comprennent :
- Les frais administratifs genevois (modestes)
- Les honoraires de l'organisme accrédité (variable selon le pays et le service)
- Les frais légaux et administratifs dans le pays d'origine (traductions, apostilles, frais juridiques locaux)
- Les frais de voyage : plusieurs allers-retours dans le pays d'origine sont généralement nécessaires — pour rencontrer l'enfant, assister aux audiences locales, ramener l'enfant en Suisse
- Les frais d'hébergement sur place
Le total varie généralement entre CHF 15 000 et CHF 40 000 selon le pays, hors pertes de revenus liées aux absences professionnelles. Il n'existe pas d'aide publique dédiée à ces frais en Suisse.
Pour aller plus loin
L'adoption internationale est une procédure longue, coûteuse et aujourd'hui incertaine sur le plan législatif. Elle demande une préparation rigoureuse et un accompagnement professionnel. Le SASLP reste votre premier interlocuteur : +41 22 546 10 40.
Pour comprendre l'ensemble du système genevois — adoption nationale, placement familial, aspects financiers et droits des résidents étrangers — le guide complet sur l'accueil familial et l'adoption à Genève réunit en un seul document tout ce que les portails officiels présentent de manière fragmentée.
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